Conception d'une cuve dédiée aux pompes de brassage

Dès les premières lectures, il apparaît clairement que le brassage de l'eau est une des pierres angulaires de la bonne santé d'un bac récifal. Et, après avoir « visité » de nombreux bacs, cela se voit... : pompes disgracieuses, immergées ou non, plus ou moins bien fixées dévisagent de nombreux bacs. Certainement en raison de nombreuses années consacrées aux aquariums d'eau douce où le problème ne se pose pas, il me fallait trouver une solution esthétique pour le placement de ces fondamentales pompes.

Cuves de brassage (CB)

L'idée de séparer un bac en deux parties dont l'une serait consacrée au brassage, n'est pas originale. Dans son article «Construire un aquarium idéal », Fabrice Poiraud-Lambert cite cette idée comme une option de luxe utilisée dans certains aquariums AquaMedic : une telle cuve est prévue, fixée à l'arrière du bac. Le rôle de cette cuve est ici double : dissimuler les pompes de brassage, mais aussi aspirer les sédiments au fond de la cuve principale (CP) pour les rendre aisément exportables. Ceci implique une CB profonde pour pouvoir garantir l'aspiration des sédiments en fond. Le verre utilisé pour cette cuve doit donc pouvoir aussi supporter la pression de l'eau.

Une autre technique plus simple et moins coûteuse est possible, il s'agit de séparer la CP à l'aide d'une vitre en laissant un ou deux centimètres entre cette vitre et le fond du bac. La pression étant identique de part et d'autre de la vitre de séparation, son épaisseur peut être moindre. Les sédiments seront là aussi aspirés vers l'arrière. Cet espace destiné à la sédimentation sera accessible aux animaux, les pompes de brassage devront donc être munies de crépines.

Il est bien sûr possible de proscrire cet accès en utilisant, par exemple, un grillage plastique ou de grosses crépines fixées sur l'admission de l'eau dans la CB. Dans les deux cas, ceci pose un problème d'entretien : l'accès à ces «grilles » se fait par l'arrière du bac et elles sont placées en profondeur...

Petite histoire

Le bac destiné aux coraux était déjà chez moi : il s'agissait d'un bac dédié aux petits M'bunas du lac Malawi : Pas question de modifier le meuble (0.90m de haut) et son support alambiqué de tubes métalliques, les dimensions de ce bac : 1.25m de façade, 0.75m de largeur et 0.65 de hauteur. Ceci était insuffisant pour, dessous, y loger confortablement tout le matériel prévu (bouteille de10kg de CO2 (1.2m), réacteur à calcaire, réacteur à calcium), petits équipements encombrants (tests, additifs, densimètre, pinces, raclette,?) et, bien sûr aussi, le bac technique. Après négociation familiale, le bac sera éloigné du mur et l'espace occupé fera 1.05 mètre de large au lieu de 0.75m. Tout devient alors possible : la cuve technique sera perpendiculaire à la façade du bac, 1.05m par 0.55m libérant un espace de rangement important sur l'autre moitié du meuble et permettant l'installation de ma cuve de brassage. Pourtant, pas question de faire une CB de 0.65cm de hauteur suspendue au-delà de ce que mes 0.75 cm de support ne le permettaient. De plus, le bac étant placé en angle, il fallait prévoir un accès simple pour le nettoyage. La CB sera donc suspendue, mais beaucoup moins haute pour diminuer poids et pression : tant pis pour les sédiments, mais plus de problème pour dissimuler la haute bouteille de CO2. Et puis diable, tant qu'à cacher, je ferai un décor en mousse polyuréthane comme dans mes bacs d'eau douce.

Conception de la cuve

Plusieurs contraintes ont guidé cette conception : la vitre arrière de la cuve principale devait recevoir une descente d'eau inclinée vers la cuve technique ainsi que 2 rejets pour les pompes de remontée. D'autre part, il ne fallait pas que cette cuve soit trop longue pour un accès facile. La longueur est donc limitée à 80cm. Pour la largeur, 25cm sont nécessaires pour le placement des 6 pompes de brassage de surface ainsi que celle de brassage de fond. La hauteur sera de 20cm augmentée de 10 pour le cas où une pompe se décrocherait? Trois équerres triangulaires de 25 par 25 cm en verre soutiendront la CB. Le choix de l'épaisseur du verre n'a pas été le plus simple, vue la hauteur d'eau dans la CB, 5mm aurait été largement suffisant, pourtant pour des raisons de solidité, j'ai opté pour du 8mm.

Les pompes devant communiquer avec la cuve principale, la vitre arrière sera donc percée, mais le perçage était, de toute manière incontournable pour la descente d'eau. La cuve « Malawi » a donc été démontée pour le perçage de la vitre arrière.

Six trous (12mm) y seront destinés à 3 couples de pompes de brassage, 3 de 45mm pour l'admission de l'eau dans la CB, 2 de 16mm pour les pompes de remontée, 1 de 55mm pour la descente d'eau vers la cuve technique. Pour la pompe de brassage de fond aucun perçage n'a été fait pour faciliter l'entretien de la tuyauterie.

Les 3 trous d'admission sont 2cm au-dessus du fond de la CB ce qui semble favoriser la sédimentation. L'habillage de ces trous a été fait en utilisant du grillage plastique. Ces 3 grilles se glissent dans des gorges en verre ce qui permet de les ôter très simplement pour le nettoyage.

Le décor polyuréthane

Cette technique pour habiller les vitres est, depuis plus d'une dizaine d'années, bien maîtrisée en eau douce. Le principe est simple : on utilise un mélange de deux composants que l'on fait polymériser directement sur une vitre préalablement enduite, grossièrement, mais uniformément, de colle silicone. On n'utilise pas de mousse en bombe pour laquelle la polymérisation a déjà eu lieu. L'accrochage sur la vitre est imbattable. Ensuite, en eau douce, 2-3 couches de résine époxy garantissent que le décor ne sera pas attaqué par les animaux, l'étanchéité est garantie par un boudin épais de colle que l'on a soin de disposer sur le pourtour prévu de la mousse polyuréthane. La réelle difficulté est de faire un décor peu épais, mais naturel. Ceci se fait au cutter, couteau et ciseau à bois? En eau de mer, la méfiance quant à l'innocuité du polyuréthane doit primer: Une fois la sculpture achevée, le décor a été enduit de 2 couches « grasses » de résine suivies de trois autres imprégnées densément d'un sable très fin. Il a été facile de réaliser des trous propres dans la mousse pour les passages d'eau (avant résinage). Dans cette mousse, le tube rigide de rejet de la pompe de brassage de fond est dissimulé. Une dernière chose, sous la CB, il n'y a pas partout de la mousse polyuréthane : ceci permet de voir ce qui se passe sous le décor de pierres vivantes en glissant la tête sous la CB.

Avantages de la cuve de brassage et du décor polyuréthane

1) Dissimulation complète des pompes derrière le décor polyuréthane ainsi que du siphon du réacteur à calcaire ;
2) Pas de crépines sur les pompes, amélioration du débit et de la maintenance
3) De manière imprévue, la cuve est une zone de sédimentation importante, et ce, malgré le mouvement d'eau dans cette cuve :100 fois le volume par heure !!! Cette sédimentation peut être favorisée par la présence de débris de coraux ou de pierres vivantes. Sédiments très facilement accessibles.
4) Adapter à un brassage de type « arrière de platier » : les pompes orientées vers la vitre de façade simulent les mouvements d'eau induits par les vagues qui, s'étant brisées sur le tombant récifal, ont « roulées » sur le platier, puis se sont écroulées derrière celui-ci.
5) La mousse polyuréthane est particulièrement favorable au développement des algues calcaires.
6) Fixation de boutures sur le décor polyuréthane : gain de surface pour fixer les coraux.
7) La hauteur de placement de la cuve permet de dissimuler dessous une grande bouteille de CO2.

Inconvénients de la cuve de brassage et du décor polyuréthane

1) Un évident manque de souplesse pour le positionnement des pompes de brassage.
2) Une perte de place toute aussi évidente.
3) Un peu plus de bruit (sourd): les vibrations des pompes sont moins amorties dans une petite cuve.
4) La mousse polyuréthane résine interdit la présence d'oursins qui semblent adorer brouter la résine époxy.
5) Des Aiptasias sont présentes dans la cuve de brassage : pas de prédation possible.
6) Il faut couper le brassage pour l'alimentation des animaux, sinon une partie importante de la nourriture s'y retrouve piégée.

Si c'était à refaire

1) La CB serait plus longue et/ou plus large pour y ajouter un petit refuge.
2) Le diamètre des trous de pompes de brassage serait plus grand pour pouvoir mieux jouer sur l'orientation des rejets.
3) Des petits passe-parois seraient utilisés pour les pompes de brassage.
4) Deux admissions et 2 trous pour des pompes de brassage seraient ajoutés.
5) Admissions placées à 5cm, au lieu de 2, au-dessus du fond de la CB pour favoriser la sédimentation.
6) Une stupide erreur de conception: une des admissions est juste sous le rejet d'une pompe de brassage ce qui n'arrange pas le nettoyage de la grille sur l'admission.

Bertrand Le Saëc